Mode et politique à Berlin-Est

On aurait tord de penser que l'Allemagne de l'Est était déconnectée des phénomènes de mode et où le conformisme vestimentaire régnait majoritairement. A Berlin en particulier, il existait une scène artistique marginale et créative, qui résistait à la conformité imposée par le régime de la "SED" (parti unique d'Allemagne de l'Est). Plusieurs groupes de créateurs de vêtements comme "Allerleirauh" et "Chic, Charmant und Dauerhaft" ont inventé des tenues, pour hommes et femmes, des défilés un peu déjantés et des lignes de vêtements punk-destroy. Le principal problème était l'illégalité des shows (plus ou moins forte en fonction des périodes), mais aussi, plus prosaïquement, l'approvisionnement en matières premières : peu ou pas de choix de tissus ou d'accessoires. Le résultat est un mélange curieux d'esthétique punk, queer, skinhead, et costumes du XIXe récupérés dans les greniers (les défilés et les photos dans Berlin-Est sont éloquentes). En 2009, l'amusant film "Comrade Couture" donnait la parole aux acteurs de cette période. (Bande-annonce). 

Sur un autre registre, dans la vie quotidienne, le magazine de mode "Sybille" a beaucoup influencé la mode vestimentaire. Animé par Sybille Bergmann, cette revue de mode surtout féminine, mais pas uniquement, était autorisée - mais surveillé - par le régime. La revue proposait des modèles pour la femme travailleuse. Les modèles proposés, et les patrons qui allaient avec, étaient pratiques, confortables et modernes, adaptés aux "femmes d'aujourd'hui". D'ailleurs, on notera au passage que les femmes étaient plus actives en Allemagne de l'Est qu'à l'Ouest - quand bien même les dirigeants étaient uniquement des hommes. "Sybille", crée en 1956, et illustrée par les meilleurs photographes d'Allemagne de l'Est, proposait des idées de créations dans un monde sans magasin de tissu et où la grande distribution était quasi inexistante. Des robes en tissu-papier, de la transformation de vêtements de travail. L'arrière fond de ces photos est souvent une usine ou bien une ferme. Une esthétique unique que quelques expositions ont présentée ces dernières années. 


LES EUROPA SCHULE DE BERLIN

Il existe à Berlin 33 écoles qui dépendent du système dit "Europa Schule". L'idée est née dans les années 1980 dans une association de parents pour promouvoir d'avantage d'intégration européenne à Berlin et pour l'apprentissage de langues étrangères. Le Sénat de Berlin Ouest, ville alors divisée, n'a pas suivi l'idée dans un 1er temps. Puis, à la chute du mur, la municipalité a décidé de reprendre l'idée initiale. C'est alors que sont nées les 1ères écoles bi-langues du système "Europa-Schule", créé donc en 1992. D'abord avec 3 branches linguistiques : allemand-français / allemand-anglais / allemand-russe. Au cours des années 1990, d'autres écoles ont été ouvertes et d'autres langues sont enseignées en même temps que l'allemand : allemand-grec / allemand-italien / allemand-polonais / allemand-espagnol / allemand-turc. 

Le principe général est le suivant : parité de l'allemand et de l'autre langue pour le temps d'enseignement. Les classes sont divisées par 2 pour moitié du temps entre "Muttersprache" (langue maternelle) et "Partnersprache" (langue partenaire). Chaque classe possède 2 enseignant-e-s et 2 assistant-e-s. Les classes sont peu chargées : environ 20 élèves en moyenne. Les journées sont légèrement plus long que dans une école non bilingue. A partir de la 5e année (CM1 en France), les élèves choisissent une 3e langue. Et au baccalauréat (Abitur en Allemagne), tous les élèves possèdent le niveau C2 dans leur langue partenaire, le plus haut niveau possible. Ces 33 écoles sont donc publiques et gratuites. Une étude de ces 33 écoles a été réalisée en 2016 a montré que le processus d'immersion était une réussite et que la réussite scolaires des enfants était égale à celle des autres élèves. 

Le petit film suivant a été réalisé l'an dernier montre la façon dont fonctionne ces écoles. 



L'Europa Schule "Judith Kerr" dans le quartier Schmargendorf de Berlin.